Des étudiants du master créent le supermarché de 2050 dans le cadre d’un projet artistique, et nous projettent dans un avenir possible de la distribution. Comment ont-ils concrétisé leur projet? Quel message veulent-ils transmettre?

 

Il n’est pas rare que des étudiants ou des professionnels s’essayent à prévoir les évolutions à venir du monde de la distribution, sous l’angle des nouvelles technologies ou de la situation économique actuelle. Pourtant, en présentant “Celsius: retour vers le supermarché du futur”, le groupe de projet Art et Développement Durable nous livrent ici une vision originale et concrète de ce à quoi pourrait ressembler un supermarché dans les années 2050.

D’abord, leur mode d’expression et les moyens mis en place sont inédits.

En effet, la seule consigne était de présenter un projet mêlant art et développement durable, et Justine, Valentine, Louis et Nathaniel, ont trois mois durant, mobilisé leurs capacités pour aboutir à l’installation d’un prototype de supermarché grandeur nature dans le hall de leur université, à budget minimal. Ils ont pour cela reçu le soutien de l’administration de Dauphine, créé un partenariat avec Auchan Vélizy 2, et ont utilisé des meubles de la réserve de l’université. Les étudiants ont eux-mêmes produit le visuel et l’ambiance sonore de leur supermarché qu’ils ont volontairement baptisé “Celsius”.

L’aspect le plus intéressant de leur oeuvre réside dans le message qu’ils veulent nous transmettre… et leur vision de l’avenir de la distribution est d’autant plus originale qu’ils ne sont pas spécialistes du sujet dans leurs études. Ils imaginent donc le supermarché à travers le prisme de leur spécialité, le développement durable. Leur objectif est clair: nous interpeller sur l’impact du changement climatique dans notre quotidien pas si lointain. Ainsi, dans leur étalage de fruits et légumes, on a des mangues, ananas et bananes “origine France” dans la partie “saveurs d’Aquitaine”. On ne peut s’empêcher de froncer les sourcils devant cette apparente absurdité. Apparente seulement, car en effet, le réchauffement climatique bouleverse la production agricole, et la présence de fruits et légumes aujourd’hui, considérés comme “exotiques”, pourrait devenir une réalité dans quelques décennies, au même titre que la disparition du raisin ou des pommes de notre pays.

On est également frappé par les prix de l’ensemble des produits, alimentaires ou non, très élevés par rapport à la réalité actuelle, et par la présence de taxes curieuses, sur le “méthane”, l’“eau”, l’“air pur”… Selon les exposants, les prix augmenteront du fait de la baisse globale et inéluctable de la fertilité des terres agricoles si l’agriculture intensive actuelle se poursuit, et de nombreuses taxes pourraient apparaître à cause de la raréfaction des ressources vitales telles que l’eau, afin de maintenir celles-ci.

Enfin, si nos artistes font allusion aux nouvelles technologies, avec par exemple un système de “livraison express par drone” proposé aux clients, ils anticipent aussi la législation, en exposant une “charte de contribution à la société”, susceptible d’apparaître à la suite de l’adoption de la loi Pacte sur l’entreprise à mission.

Finalement, les étudiants veulent nous alerter sur les conséquences concrètes du changement climatique en choisissant l’angle de la distribution des produits, et si l’expérience vécue chez “Celsius” peut sembler irréaliste aujourd’hui, il se pourrait bien que l’avenir leur donne raison si on ne repense pas radicalement nos modèles de consommation et de production.